Armée des alpes Juin 1940

19 août 2023: Inauguration du panneau « La bataille de Menton »

Inauguration / 1 septembre 2023

Samedi 19 août a eu lieu l’inauguration du panneau « La bataille de Menton », un des panneaux du chemin de mémoire des Alpes Maritimes en présence de nombreux élus, dont Patrice Novelli, premier Adjoint de la Ville de Menton représentant Yves Juhel, Maire de Menton et Président de la Communauté de la Riviera Française, • Gabrielle Bineau, Conseillère départementale et Conseillère municipale de Menton, représentant Monsieur Eric CIOTTI, Député, Conseiller départementale et Président de la commission des finances • Marie-Christine Fix Varnier, Déléguée au monde combattant et au lien Armées Nation, Correspondante défense, Conseillère métropolitaine représentant Christian Estrosi, Maire de Nice et Président de la Métropole Nice-Côte d’Azur • Jean-Louis Dedieu, premier Adjoint de la Ville de Roquebrune-Cap-Martin, représentant Patrick Césari, Maire de Roquebrune-Cap-Martin, Vice-Président du Conseil Départemental des Alpes Maritimes et Vice-Président de la Communauté d’Agglomération de la Riviera Française • Alain Ducruet, Adjoint au Maire de la Ville de Beausoleil, représentant Gérard Spinelli, Maire de Beausoleil, du GDI (2S) Michel Klein président de la Fédération des Soldats de Montagne qui a conduit ce projet de chemin de mémoire de A à Z, d’un détachement de la Compagnie de commandement et de Logistique du 27e BCA, sans oublier les présidents d'associations, notamment Franc Combe de l’AMICALE DE CHASSEURS À PIED DES BATAILLONS ALPINS OU MÉCANISÉS DU MENTONNAIS qui a organisé la cérémonie avec le soutien de la municipalité et de Christian Combe et Jean-Paul Giraud, et de Jean-Pierre Martin historien et président de l’amicale nationale du 22e BCA et des troupes de montagne, sans oublier les porte drapeaux et fanions toujours fidèles comme Alain Barale et Fabrice Gherardi porte-fanions de l’amicale nationale du 22eBCA ! A noter la présence de l’Adjudant-chef (er) Henri Pommier père de l’amicale de chasseurs à pied de Menton… Nous avons regretté l’absence de l’historien Marc Endinger, qui a œuvré aux côtés de Jean-Pierre Martin pour la réalisation des 18 panneaux des Alpes-Maritimes ! Prochain rendez-vous, le Jeudi 28 septembre 2023 après-midi pour l’inauguration du panneau des « Combats dans les Alpes Maritimes » à Nice….à inscrire dans vos agendas ! Prise de paroles du Général de Division (2S) Michel Klein, président de la fédération des Soldats de Montagne « Le 20 juin 2020, Madame Darrieussecq, ministre déléguée en charge de la mémoire et des anciens combattants, présidait, à Cervières, la cérémonie du 80e anniversaire de la victoire de l’armée des Alpes de 1940. Dans son discours, elle soutenait le projet de la Fédération des Soldats de Montagne en ces termes : « La bataille des Alpes de 1940 est un épisode méconnu de notre histoire. L’esprit de résistance et d’abnégation qui a habité nos soldats doit être davantage mis en valeur et davantage présent dans notre mémoire nationale. A ce titre, le ministère des Armées est très favorable et encourage la création de ce triptyque de mémoire dédié à ces combats de juin 1940. » Ce triptyque mémoriel est composé, dans tout l’arc alpin, d’abord de 18 chemins de mémoire matérialisés par 140 panneaux pédagogiques comme celui que nous allons dévoiler, ensuite d’un site Internet dédié www.labatailledesalpes.fr ; site auquel il est possible de se connecter grâce au QR-code inséré sur chaque panneau- et enfin d’un guide vert Michelin « Sur les traces de l’armée des Alpes de 1940 ». Dans ce guide vert, une page touristique et une page historique sont dédiées à chaque commune concernée pour permettre aux lecteurs d’en savoir plus sur le contexte du chemin de mémoire qu’ils emprunteront. Ce triptyque a un double objectif : sortir de l’ombre ces combattants victorieux et oubliés et aussi développer un tourisme mémoriel dans nos vallées alpines en ajoutant une corde supplémentaire au tourisme dynamique de l’arc alpin. M. Thierry Chazalon, un historien drômois définit notre projet comme étant multidimensionnel et intergénérationnel. Multidimensionnel, il l’est par ses volets classiques du tourisme avec des panneaux mémoriels et un guide, mais il se trouve aussi amélioré par son volet numérique indispensable à l’ère de l’Internet. Multidimensionnel, il l’est aussi par l’implication financière de toutes les administrations : étatiques avec le ministère des armées et le comité de massif des Alpes, régionales avec les deux régions alpines AURA et PACA, départementales avec presque la totalité des conseils départementaux de l’arc alpin, et communales avec quelques communautés de communes. Je voudrai remercier les élus des Alpes Maritimes d’avoir soutenu financièrement notre projet, sans votre aide, le projet n’aurait pu être réalisé. Je remercie aussi tous les maires des vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée, ainsi que ceux des communes du littoral ; un grand merci d’avoir accepté la pose des panneaux dans vos communes. Ce projet est aussi intergénérationnel, car il va toucher les familles dans le cadre du tourisme de mémoire et les jeunes vont être attirés par les techniques du numérique -QR-codes et site Internet-. Il est aussi intergénérationnel par le souhait qu’ont l’Office National des Anciens Combattants et la Direction de la Mémoire, de la Culture et des Archives du ministère des armées à la réalisation de projets pédagogiques à partir de ce triptyque mémoriel. La Fédération est un transmetteur de mémoire et nous faisons nôtres la citation de Maurice Druon qui disait : « Jeunesse, n’oublie pas qu’ils avaient ton âge ceux qui tombèrent pour que tu naisses libre. » Aujourd’hui, 19 août 2023, un peu plus de trois ans après le lancement du projet, nous allons inaugurer ces chemins de mémoire des Alpes Maritimes ; en juin dernier, nous avons inauguré ceux de la Tarentaise et de l’Ubaye. C’est, il y a quatre-vingt-trois ans, le 10 juin 1940. Mussolini déclare la guerre à la France ; cette annonce est loin de faire l’unanimité au sein de la population italienne, en particulier au fond des vallées alpines et sur le littoral méditerranéen. L’ambassadeur de France à Rome recevant cette déclaration du comte Ciano lui répond : « C’est un coup de poignard dans le dos à un homme déjà à terre ». Dans son livre sur l’Italie durant la deuxième guerre mondiale, le maréchal Pietro Badoglio, chef d’état-major des armées italiennes, a la même position en écrivant sur cette déclaration de guerre les mots suivants : « L’âme populaire italienne, bien qu’écrasée par cette tyrannie d’acier, se rendait compte de la gravité de cette détermination et des dures conséquences que le pays aurait à supporter. […] Nous n’apporterions aucun élément nécessaire et ferions vilaine figure en frappant une nation agonisante » En effet, à cette date, la France se trouve dans un véritable chaos et l’armée française connait la plus importante défaite de son histoire face aux divisions blindées nazies. En profitant de cette situation, le Duce pense pouvoir occuper facilement les départements frontaliers en se saisissant dans un premier temps des grands cols stratégiques comme celui de Larche, de Montgenèvre, du Mont Cenis et du Petit-Saint-Bernard et aussi du département des Alpes Maritimes. Après les nombreuses escarmouches déclenchées par les Italiens ou les Français depuis la déclaration de guerre italienne, les 20 et 21 juin sont des dates clés, car l’armée des Alpes doit résister sur tous les cols et sommets de l’arc alpin aux vagues d’assaut des divisions italiennes. Les Italiens sont localement cinq à huit fois supérieurs en nombre ; l’armée des Alpes est réduite à 85 000 combattants face à plus de 300 000 Italiens en première ligne. Des exploits sont identifiés dans tout l’arc alpin par les sections d’éclaireurs-skieurs installées sur la ligne d’avant-postes ; ces éclaireurs prévus pour renseigner et aider aux réglages de l’artillerie défendent leur zone d’action, même contre-attaquent contre un adversaire supérieur. Nulle part, les Italiens ne parviennent au contact de la position de résistance. Outre ces combats victorieux à la frontière franco-italienne, l’armée des Alpes doit combattre, en même temps, trois divisions allemandes renforcées sur le Rhône, sur les marches ouest de la Chartreuse et sur l’Isère. Ces divisions blindées et mécanisées sont arrêtées par les actions combinées d’unités hétérogènes installées en défense ferme et par l’efficacité de l’artillerie en particulier à la cluse de Voreppe. Les villes d’Annecy, de Chambéry et de Grenoble sont sauvées de l’invasion allemande et ainsi l’armée des Alpes évite la captivité et va former une grande partie de l’armée d’Armistice. Beaucoup de ces combattants victorieux de 1940 vont constituer l’ossature des maquis des Alpes et reconquérir ces grands cols frontaliers en 1944. Gloire à ces soldats de montagne de l’armée des Alpes. Gloire à leurs chefs, en particulier au général d’armée René Olry commandant en chef de l’armée des Alpes, qui a joué un rôle majeur tant dans la préparation minutieuse de cette armée que dans la conduite lucide et tenace lors de la bataille. « Le général Olry a donné aux heures sombres de l’Armistice un dernier rayon de gloire à nos drapeaux ». Pour conclure, je voudrai remercier l’équipe d’historiens et d’anciens militaires qui ont conduit ce projet de triptyque en Ubaye ; je veux citer plus particulièrement le colonel Jean-Pierre Martin historien réputé dans tous l’arc alpin et Monsieur Marc Endinger, membre actif des associations « Edelweiss-Armée des Alpes » et Wikimaginot et passionné d'histoire militaire alpine et plus précisément de celle de l'Armée des Alpes. »

Prise de paroles du Lcl (H) Jean-Pierre Martin, historien militaire, président de l’amicale nationale du 22e BCA

« Il n’y a qu’un combat perdu d’avance, c’est celui qu’on refuse de livrer. » Václav Havel

Dernière province, avec la Savoie, à avoir été rattaché à la France en 1860, le comté de Nice se retrouve en première ligne face aux intentions annexionnistes de l’ancienne puissance tutélaire, en ce printemps de 1940.Il appartiendra à mon ami Franc Combe de décrire le déroulé des combats dans ce qu’il convient d’appeler la bataille pour Menton. Je me réserve, quant à moi, de brosser le panorama général de cet affrontement très court, mais aux implications non négligeables.

En 1940 le département comptait 530.000 habitants, dont 242.000 pour la seule agglomération niçoise. C’était le département français qui rassemblait la plus forte proportion d’étrangers avec 22%, contre 7% au plan national. Parmi eux, 83.000 d’origine italienne, soit 74% de ces populations allogènes. Ils provenaient pour l’essentiel de l’immigration économique piémontaise à la fin du XIXe siècle, et dans une part conséquente de celle, plus politique, des fuorusciti, originaires le plus souvent d’Ombrie et de Toscane, opposés au pouvoir de Mussolini. C’était là une source d’inquiétude pour notre état-major, redoutant une cinquième colonne, bien que dans les faits, l’attachement de ces populations d’origine transalpine à la France ne sera jamais en cause.

Rappelons que le Duce avait affiché des revendications irrédentistes vis-à-vis de parties de notre territoire qu’il considérait avoir été injustement détaché de la mère-patrie, comme les Savoie, le comté de Nice et la Corse.

Il convient tout d’abord de rappeler comment se présentait notre frontière face à l’Italie. Du col de Larche jusqu’à la mer, elle dessinait un vaste saillant de cent vingt kilomètres de développement, et laissait l’essentiel de la crête militaire aux mains des Italiens, passant à portée d’Isola, effleurant Saint-Martin-Vésubie et englobant toute la haute Roya, ce qui en rendait la défense particulièrement complexe. Par ailleurs Nice était sous la menace directe des trois vallées qui convergeaient vers elle, Var, Tinée, Vésubie. Si l’on examine maintenant plus en détail l’architecture de cette frontière, on constate qu’elle est tout sauf homogène. Elle s’articule en deux segments très différents :

  • Du col de Larche au massif de l’Authion, elle s’appuie sur de hauts massifs, et les points de franchissement, quelques cols muletiers, ne s’abaissent pas en-dessous de 2.000 mètres. S’ils sont franchissables par des éléments d’infanterie formés à la haute montagne, ils sont impraticables à tout ce qui permet de faire vivre une bataille, et notamment l’artillerie et la logistique.
  • Des hauteurs de l’Authion à la mer, le terrain devient beaucoup plus favorable, et les axes de pénétration à gros débit ne manquent pas, route de Sospel, route de Laghet, routes littorales. Par ces voies partant de Tende et Vintimille, les troupes de Mussolini pouvaient masser des forces importantes, mécanisées, d’artillerie, de logistique.

Il n’avait pas échappé à notre état-major que, de toutes les grandes cités de l’arc alpin, Nice était, de loin, la plus proche et la plus facilement accessible à partir de notre frontière méridionale. Aussi y avait-il rassemblé en 1939 des forces considérables, six bataillons de chasseurs alpins, trois bataillons alpins de forteresse, deux régiments d’artillerie, ainsi que le PC de la 29e division alpine. Mais devant l’attentisme des Transalpins, il va peu à peu dégarnir notre département au profit du front du nord-est. D’un effectif initial de 76.000 hommes, on n’en comptait plus que 38.000 au 10 juin 1940, pour l’essentiel des réservistes. Ces forces sont articulées en deux môles, la 65e division d’infanterie de la haute Tinée à la cime du Diable, et le Secteur fortifié des Alpes-Maritimes du col de Raus à la mer.

L’ensemble s’appuie sur un réseau de fortifications extrêmement puissant, prolongement de la ligne Maginot, avec pas moins de 14 gros ouvrages, 20 petits ouvrages, 18 ouvrages d’avant-poste et 34 casemates d’infanterie. En avant du dispositif, quarante-deux sections d’éclaireurs-skieurs, fine fleur de l’armée des Alpes, qui connaissent parfaitement leur terrain, et sont capables de réagir immédiatement à toute intrusion. Ce sont elles qui vont subir le premier choc de l’assaut italien.

Du col de Restefond à Vintimille, les Italiens alignaient trois corps d’armée (IIe, IIIe et XVe), renforcés par cinq bataillons de chemises noires, et deux bataillons de la division alpine Pusteria. Ils pouvaient également compter sur les quatre divisions stationnées dans la vallée de la Stura. Au total 150.000 hommes. Dans le secteur des corniches, le rapport des forces nous était particulièrement défavorable : aux 4.600 hommes du SFAM, les Transalpins pouvaient opposer les 21.000 hommes des divisions Cosseria et Modena, renforcés par quatre bataillons de chemises noires. Et face aux 427 canons du XVe corps, les Italiens alignaient un millier de tubes.

En revanche, les Français ne manquaient pas d’atout, une artillerie de forteresse aux feux dévastateurs, des retranchements peu vulnérables, l’impossibilité pour l’adversaire d’acheminer leur artillerie à portée de nos positions, et aussi un temps exécrable qui a gravement nuit au développement des opérations.

Enfin, nos alpins, des locaux pour la plupart, défendaient leur terre natale, tandis que les motivations côté adverse n’étaient guère affirmées.

Rien que sur le front niçois, en quelques jours d’opération, et pour des gains dérisoires, les Italiens déplorent 279 tués, 813 blessés, 106 prisonniers, contre 7 tués et 10 blessés côté français.

À l’heure où notre pays était entraîné vers l’abîme, où la voix de l’autorité se délitait, où les temps étaient aux lâches compromissions, une poignée d’hommes, commandés par des chefs déterminés, confrontés à des forces très supérieures, ont su dire non et ne rien céder. Ils ont évité à la France une nouvelle humiliation, de nouvelles concessions de souveraineté, ainsi que la captivité pour des milliers de soldats. Et l’on sait que c’est dans les rangs de l’armée des Alpes que se lèveront pour partie les forces de la revanche, celles qui mèneront cinq années plus tard la seconde bataille des Alpes.

 

RECIT DES COMBATS DE LA BATAILLE DE MENTON DE JUIN 1940 par le CCH (R) Franc Combe, président de l’AMICALE DE CHASSEURS À PIED DES BATAILLONS ALPINS OU MÉCANISÉS DU MENTONNAIS

Le 10 Juin à 18 h 30, l'armée des Alpes est en alerte générale, notamment l'édifice de Pont-Saint-Louis, une petite fortification se trouvant à la frontière franco-italienne construite dans les années 1930, qui verrouille la barrière barrant la route à 23 h : un détachement du génie vient faire exploser le dispositif de mines préventives, pour rendre la route littorale impraticable aux véhicules.

Une explosion importante se fait entendre. Les alpins s'enferment dans leur abri. Sur l'observatoire du mont Gros, les militaires ne distinguent plus rien en raison de la fumée causée par l'explosion. Dans le dispositif de Pont-Saint-Louis, les soldats souffrent de l'explosion qui a ébranlé le bunker et dont les gaz sont toxiques. Il faudra une demi-heure de ventilation pour expulser les odeurs pestilentielles qui avaient envahi la galerie et le blockhaus. La route est ainsi trouée d'un profond cratère.

Après son travail, le détachement du génie se replie et laisse les 9 hommes du bunker seuls. Les alpins dont le téléphone ne fonctionne plus du fait de la déflagration, envoient un message rassurant par la radio au dispositif militaire du cap Martin. Le 12 juin, des vivres sont apportés à la petite garnison. Les jours suivants, le secteur de Menton n'est toujours pas attaqué bien que des combats aient déjà lieu entre l'Armée des Alpes et l’Armée italienne.

Le 10 Juin à 18 h 30, l'armée des Alpes est en alerte générale, notamment l'édifice de Pont-Saint-Louis, une petite fortification se trouvant à la frontière franco-italienne construite dans les années 1930, qui verrouille la barrière barrant la route à 23 h : un détachement du génie vient faire exploser le dispositif de mines préventives, pour rendre la route littorale impraticable aux véhicules.

Une explosion importante se fait entendre. Les alpins s'enferment dans leur abri. Sur l'observatoire du mont Gros, les militaires ne distinguent plus rien en raison de la fumée causée par l'explosion. Dans le dispositif de Pont-Saint-Louis, les soldats souffrent de l'explosion qui a ébranlé le bunker et dont les gaz sont toxiques. Il faudra une demi-heure de ventilation pour expulser les odeurs pestilentielles qui avaient envahi la galerie et le blockhaus. La route est ainsi trouée d'un profond cratère.

Le 14 juin 1940, entre 3 h 20 et 6 h, l'infanterie italienne est repérée devant les points d'appui : descendant de la frontière notamment par le Plan-du-Lion, elle chasse devant elle la SES du 25e BCA, qui se replie et demande vers 4 h 50 par fusée le soutien de l'artillerie. Le commandement du sous-secteur ordonne alors une série de tirs sur les crêtes frontalières, prévue dès le temps de paix. À 5 h 7, le canon de 75 mm du bloc 2 du Cap-Saint-Martin envoie une première rafale de huit obus ; puis à 5 h 10 c'est les deux tubes du bloc 2 du Barbonnet qui donnent de la voix, remplacés à 5 h 17 par les 155 mm court de la batterie de Sainte-Agnès, à 5 h 20 les 75 mm de la batterie de Fontbonne et à 5 h 30 c'est au tour des tourelles de 75 mm du Mont-Agel. Il s'agit de tirs de harcèlement, moins intenses et durant plus de temps que les tirs de destruction, fusant (les obus explosent juste au-dessus de la cible, projetant des éclats pour faucher le personnel). Ces tirs sont renouvelés plusieurs fois. Au soir, les SES se réinstallent sur leurs positions antérieures.

Le 16 juin à 19 h 10, le poste français de la cime de Crese demande un soutien d'artillerie : le Barbonnet envoie 24 coups de 75 mm cinq minutes plus tard. Vers minuit, on signale des mortiers italiens sur le Rocher-Campassi et au Pas-de-la-Corne d'où le tir de 32 obus par les tourelles du Mont-Agel.

Avec l'annonce de Pétain le 17 juin, les soldats pensent qu'ils n'auront pas à combattre et déjà le chef des alpins de Pont Saint-Louis laisse passer des officiers italiens. Le général Montagne le relève de son commandement et après avoir pensé envoyer le sous-lieutenant Roman commander la garnison, il envoie finalement le sous-lieutenant Charles Gros. Ce nouveau chef issu de l'école de Saint-Cyr veut se battre. Partant de Cap-Martin, il arrive en toute discrétion à l'avant-poste. L'officier est d'abord frappé par le manque de possibilité d'observation et demande aux soldats de mettre en place le canon antichar. Peu après, il reçoit du crésyl pour restaurer une hygiène défaillante et notamment supprimer l'odeur nauséabonde régnant dans la galerie. Le sergent Bourgoin et lalpin Guzzi remplacent ensuite deux alpins. Le sergent Bourgoin est un homme à fort caractère et toujours prêt à se battre, volontaire au début de la guerre, il s'engagera dans les Forces françaises libres ensuite. Il rationne les vivres et demande que le contenu de la boîte métallique servant pour les besoins naturels soit vidé par le créneau du FM, jugeant trop dangereux d'aller la vider dans la tranchée extérieure du fait des bombardements.

Le 18 juin, il n'a aucune possibilité de communiquer avec l'extérieur et le lendemain, du fait qu'aucun Italien n'approche du poste frontière, des hommes du génie réparent les transmissions.

Au soir du 19, l’alpin Boé est remplacé par l’alpin Cordier. Le 20 juin à 8 h 03, sept soldats italiens déboulent du virage situé avant le pont, s'avancent vers le poste frontière et atteignent le poste de gendarmerie situé juste en amont et de l'autre côté de la route par rapport au poste défensif. Finalement, l'alpin Guzzi repousse les soldats italiens en tirant quelques coups. Peu après, quinze soldats italiens se postent dans le bâtiment des carabiniers avant que 200 soldats italiens ne débouchent du virage. Les soldats italiens se séparent en deux pour passer des deux côtés du pont. Les alpins tirent à la mitrailleuse et ferment la porte blindée. Il est demandé aux batteries du cap Martin de tirer. Les artilleurs mettent en marche une batterie de 75 mm et pratiquent quelques tirs d'arrêt. Néanmoins, les Italiens s'avancent jusqu'à la barrière antichar. Le FM de Petrillo ne pouvant tirer car il s'est enrayé, ordre est donné au petit canon servi par Bourgoin de tirer sur la barrière. Le FM est réparé et recommence à tirer. De leur côté, les Italiens progressent jusqu'au môle d'ouverture de la barrière et certains avancent jusqu'à la tranchée située juste devant le bunker. Les alpins ripostent en envoyant huit grenades et les soldats italiens battent en retraite. Devant cette résistance inattendue, les Italiens attaquent Les Granges-Saint-Paul située au nord de la position et la voie ferrée Nice-Vintimille au sud. L'artillerie française de Fontbonne entre alors en action avant que celle du cap Martin ne se mette elle aussi à tirer. Pendant une demi-heure, les Français vont tirer. Les Italiens tentent de détruire avec leurs canons les pièces françaises sans trop de réussite pendant que le colonel Chabrol commandant l'artillerie ordonne à ses hommes de nettoyer les abords du fort de Pont Saint-Louis. Les soldats italiens finissent par battre en retraite une nouvelle fois. À la fin de l'engagement, le sous-lieutenant Charles Gros demande à cap Martin des munitions. Peu après cependant, un soldat italien s'approche jusqu'à la barrière antichar, s'apprête à tirer lorsque le sergent Bourgoin actionne son canon et tue le soldat, laissant une trace encore aujourd'hui visible sur la barrière. Devant ces tirs, les canons du cap Martin renouvellent leurs tirs jusqu'à la fin de la journée, lorsqu'une patrouille française vient aux nouvelles de la garnison. En plus de la première attaque sur Pont-Saint-Louis, les Italiens tentent de déborder par les hauteurs, repoussant le poste installé aux Granges-Saint-Paul ; mais l'avant-poste du Collet-du-Pillon résiste grâce aux tirs croisés des ouvrages du Cap-Martin et du Barbonnet.

Le lendemain 21 juin à 6 h du matin, les alpins du Pont Saint Louis doivent de nouveau faire face aux Italiens et tirent au FM pour les éloigner. Devant de multiples incursions, le sous-lieutenant Charles Gros demande un soutien d'artillerie. L'avant-poste continue sa résistance, l'observatoire de Roquebrune signalant que des Italiens sont situés sur la falaise juste au-dessus de Pont Saint-Louis.
Les batteries de cap Martin reprennent leurs tirs. Les alpins arrivent vers midi à entendre des Italiens ; ainsi, le caporal Robert qui sert un FM abat un soldat italien qui s'était posté juste devant son arme. Venant du carrefour de Garavan, un officier et une dizaine de soldats s'avancent avant d'être repoussés par les Français, l'officier est blessé. Entre midi et treize heures, deux alpins viennent se ravitailler en huile d'olive dans une auberge abandonnée car le canon antichar manquait de lubrifiant.

 

 

 

 

Le 22 juin, une attaque générale est lancée par un matin brumeux. la 5e division d'infanterie italienne, précédée par un long tir d'artillerie, attaque les crêtes situées aux alentours de Menton, du côté de Pont Saint-Louis. La garnison est informée qu'un groupe de chars et de motocyclistes appuyé par 200 hommes s'approche de la garnison. En réaction, les 75 mm de cap Martin mettent en place un tir de barrage qui détruit plusieurs chars. Les fantassins avancent néanmoins et contournent le poste frontière avant d'être fortement repoussés par l'artillerie. Les points d'appui et les SES n'arrivent pas tous à décrocher : le poste de la côte 965, à la Baisse de Faïche Fonda, est pris d'assaut par les chemises noires. En fin d'après-midi, les postes avancés sont tous abandonnés et les sections se replient sur les
avant-postes.Les avant-postes du Collet-du-Pilon, de La Coletta, de la Péna, de Pierre-Pointue et de la Baisse-de-Scuvion sont pris à partie par l'infanterie italienne, qui les encercle. Deux régiments italiens, descendant par le Plan-du-Lion et les Granges-Saint-Paul, atteignent le quartier Saint-Vincent à Menton.

L'attaque reprend le 23 au matin dans le brouillard puis sous un temps orageux, mais les avant-postes tiennent grâce aux tirs de harcèlement de l'artillerie, qui mène plusieurs fois des « tirs d'épouillage » directement sur les positions fortifiées françaises quand les Italiens réussissent à monter sur les dessus. L’Armée italienne progresse lentement en ville avant d'atteindre les rives du Gorbio. La ligne principale de résistance entre les ouvrages de Roquebrune et du Cap-Martin, renforcée de plusieurs casemates, est désormais à proximité des éléments de pointe italiens : des tirs de harcèlement français frappent les rassemblements observés en ville même si le brouillard le matin et les orages l'après-midi empêchent un réglage efficace, tandis que les tirs d'arrêt des jumelages de mitrailleuses sont déclenchés dès qu'il y a un soupçon d'assaut.La radio et le téléphone du Pont Saint Louis sont hors-service, ce qui fait que le
sous-lieutenant Charles Gros ne peut plus recevoir d'information. Il doit donc employer les fusées éclairantes s'il veut un soutien d'artillerie. À 10 h 50, les soldats italiens recommencent leurs attaques de toutes parts, quelques cyclistes sont repoussés de la barrière antichar par des tirs de sommation. Le soldat Pétrillo use beaucoup de son FM et plusieurs grenades sont envoyées de l'autre côté. Très vite, des drapeaux blancs apparaissent et les soldats italiens demandent la permission de relever leurs blessés.

Le 24 juin, ce sont les mortiers de 220 mm italiens qui tirent sur le poste français dont les défenseurs sont très éprouvés par la fatigue. Le soldat Lieutaud est légèrement blessé à l'œil alors qu'il était de garde avec le FM et le soldat Chazarin est lui aussi touché. Les alpins, sans aucune information, ignorent tout de l'armistice signé entre la France et l'Italie. Le 24, toujours sous la pluie, les tirs d'artillerie français arrosent un peu à l'aveugle. La journée du 24 est plus calme, mais les avant-postes restent encerclés.

Le 25 juin à 00h00 l’armistice rentre en vigueur. A l'aube, le FM du Pont Saint Louis tire sur un soldat italien venu de l'arrière, quelques hommes et un officier sont eux aussi repoussés avec un mort et deux blessés. Bourgouin observa peu après à la lunette du FM deux officiers l'air décontracté ; il reçoit l'ordre de tirer en l'air et les soldats italiens se mettent à couvert. À 8 h 45, Bourgouin aperçoit un drapeau blanc au niveau du virage, bientôt suivi de plusieurs sonneries de trompettes. Deux soldats sont envoyés à l'avant, agitant la hampe du drapeau. Ces deux hommes sont bientôt suivis par 150 autres soldats. Le sous-lieutenant Charles Gros est intrigué par le silence des batteries de cap Martin : il ouvre la partie supérieure de la porte avant de demander qu'un seul officier traverse le pont. Un colonel italien se présente, demandant l'arrêt des combats conformément à l'armistice signé. Le sous-lieutenant Charles Gros répond qu'il n'a reçu aucun ordre de cessez-le-feu et qu'il n'a aucune information concernant cet armistice. Il demande au colonel italien de se retirer, lui et ses hommes, ou il ouvrira le feu, mais les alpins indiquent à leur supérieur l'arrivée d'officiers français. Ces derniers apportent l'ordre de cessez-le-feu. Le sous-lieutenant Charles Gros reste surpris, tandis que les Italiens expriment tout leur honneur envers la belle résistance des alpins et demandent l'ouverture de la barrière pour l'évacuation des blessés.

Le sous-lieutenant Charles Gros accepte et demande que son unité soit relevée en arme. Ainsi, à 18 h, la garnison du fortin du Pont Saint-Louis se retire vers le cap Martin.

Le 27 juin, la barrière est totalement ouverte et le lendemain, le sous-lieutenant Piedfort, de garde, se retire définitivement, fermant le fortin à clef.

Dans la soirée, le général René Olry, commandant l'Armée des Alpes, félicite en personne les neuf défenseurs du Pont Saint-Louis et remet l'insigne du 15e corps d'armée au sous-lieutenant Charles Gros.
La casemate et son équipage sont cités à l'ordre de l'armée.