Armée des alpes Juin 1940
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Code lieu: 108

Point d’appui Sud d’Abriès: Blockhaus P2

Le coup de main de l'aspirant Guery et du chef Woehrlé

Par GDI (2S) Hervé Bizeul, Patrick Lemaitre et Nicolas Izquierdo

Code lieu: 108
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Pillule PA Sud

Pilule Briançonnaise du PA Sud. Photo coll Pierre Chouvet

Assez bien conservé ce blockhaus de type pilule Briançonnaise tenait les entrées sud-est d'Abriès au sein d'une ensemble de trois ouvrages du même type. (Voir la carte du panneau situé à proximité du monument commémoratif).

C'est de cet endroit que dans la matinée du 23 juin 1940, l’aspirant Guery, commandant le point d’appui sud et le maréchal des logis chef Woehrlé, chef de la Brigade de Gendarmerie d’Abriès, accompagnés de 4 Chasseurs Alpins, traversent le Guil et partent en reconnaissance.

SCH WOEHRLE

Le SCH de gendarmerie Woehrlé. Coll Woehrlé

Le 21 juin 1940, le secteur nord d’Abriès, vers la chapelle du Calvaire, a vaillamment résisté à l’attaque venant du Roux. Le lendemain, les Alpini attaquent depuis le col Lacroix et occupent la Monta et Ristolas.
Ils sont aux portes d'Abriès.
Mais le 22 juin, ils sont arrêtés par l'artillerie française au niveau du bois de la cote (1545) et du bois de Jassaygue et le point d’appui sud d’Abriès. Il est armé par une trentaine d’hommes et comporte 3 petits blockhaus surnommés « pilules briançonnaises ».

Le lendemain, le colonel Faldella, commandant le 3e régiment d’Alpini, hésite à relancer l'attaque car le mauvais temps empêche son artillerie d'être efficace. Ses hommes sont fatigués par les premiers combats. En outre les rumeurs d'armistice incitent au relâchement.

Dans la matinée du 23 juin, par ce temps gris et pluvieux qui règne dans la vallée du Guil, l’aspirant Guery, commandant le point d’appui sud et le maréchal des logis chef Woehrlé, chef de la Brigade de Gendarmerie d’Abriès, accompagnés de 4 Chasseurs Alpins, traversent le Guil en reconnaissance.

Très rapidement, vers le bois de la Garcine, ils tombent sur un groupe d’Italiens au repos. Pratiquement autant surpris qu'eux et inquiets que leur subterfuge ne soit découvert, ils décident de faire croire qu’ils sont très nombreux.
Le chef de gendarmerie Woehrlé leur crie « Mano in alto » et fait semblant de donner des ordres à un des renforts imaginaires « Mitrailleurs attention, à mon commandement ! Au premier geste, feu  » !

Les Alpini tombent dans le piège et se laissent faire. Peu après, ils réalisent leur erreur mais c'est trop tard, ils sont faits prisonniers. Le chef Woerhlé cherche des yeux l'aspirant Guéry qui a disparu. Soudain il réapparait avec lui aussi des prisonniers dont un capitaine et deux lieutenants.

Très rapidement, petit groupe par petit groupe, ils trouvent d’autres Alpini.
En moins d’une heure, ils remmènent 52 prisonniers dans nos lignes. Ils les font courir vers l'arrière de peur que réalisant le faible nombre des Français, ils cherchent à s’enfuir !

Le général Olry, commandant l’ensemble de l’armée des Alpes, écrira après les combats que c’était là « le plus beau fait d’arme de cette bataille ».

Il est probable que les Italiens s'étaient relâchés suite aux rumeurs d'armistice.
Comme le dit Henri Béraud dans Bataille des Alpes, Album mémorial :

« Le matin même un coureur envoyé par on ne sait qui avait annoncé à ces deux sections de la 27ème compagnie du bataillon de Pinerolo que l'armistice était conclu »

Finalement l’armistice sera signé le lendemain 24 juin.
Tout le haut Guil, conquis dans les journées du 21 et 22 juin, sera annexé et considéré comme territoire italien, la limite de zone passera à mi-chemin entre Abriès et Ristolas.

 

Alpini prisonniers

Collection Woehrle