Armée des alpes Juin 1940
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Code lieu: 175

les combats du Pont Saint Louis

Quand 9 soldats français résistèrent à 4000 soldats italiens...

Par Jean Pierre Martin et Marc Endinger

Code lieu: 175
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Barrage rapide de l'ouvrage du Pont Saint Louis

Crédit photo : Laurent Icardo

Situé à quelques mètres de la frontière, l’ouvrage Maginot du Pont-Saint-Louis commandé par le sous-lieutenant Gros et ses huit alpins repousse pendant cinq jours l’assaut d’un régiment italien. Son armement se limitait à un créneau pour jumelage de mitrailleuses Reibel MAC 31, interchangeable avec un canon antichar de 37mm, ainsi qu’un créneau pour fusil-mitrailleur/observation. Il était précédé d’une barrière antichar coulissante. Il était dépourvu de toute installation électrique, l’éclairage se faisant par des lampes à pétrole.

Dès le 21 juin, le blockhaus du pont Saint-Louis est violemment pris à partie.

Par la suite, les attaques vont se succéder face au petit ouvrage, entraînant des pertes italiennes sévères sans résultat. Privés d’électricité, de ravitaillement, d’hygiène le plus élémentaire, sans liaison avec leur autorité, cette poignée d’hommes refuse de s’avouer vaincue.

Il restera inviolé le jour de l’armistice et sera cité à l’ordre de l’armée :

L’équipage sera cité à l’ordre de l’Armée le 28 juin 1940 en ces termes :

« Garnison 1/1/7 (96e BAF)

Sous les ordres du sous-lieutenant Gros Charles, ayant pour mission d’interdire le passage du Pont Saint-Louis et de la route entrant en France et ayant été encerclée peu après le début des hostilités avec l'Italie, a continué à assurer sa mission jusqu'à la signature de l'armistice en infligeant des pertes à l'ennemi. Soumise à un violent bombardement d'artillerie puissante n'a pas failli, bien que pouvant se croire entièrement sacrifiée.

Après l'armistice a continué encore à imposer le respect de sa mission à l'ennemi qui ne pouvait ni ouvrir la barrière coupant la route ni relever le champ de mines antichars, si bien que l'adversaire a admis sa relève par une troupe en armes de même effectif.

Général René Olry
Général commandant l'Armée des Alpes
 »

 

Equipage Pont Saint Louis 27 juin 1940

Collection Colonel Charles Gros

HISTORIQUE DE L’OUVRAGE D’AVANT-POSTE DU PONT SAINT-LOUIS

Effectif : un officier, un sous-officier, un caporal, six hommes.

Armement : un jumelage Reibel, éclipsable avec un canon AC de 37, un fusil-mitrailleur.

17 juin 1940. Un colonel et un capitaine italien s’avancèrent à la barrière et prétendirent que les hostilités avaient cessé et voulurent aller à Menton. Bientôt refoulés, ils repassent le pont.

18 juin. À 3h, le lieutenant Gros prenait le commandement du poste en remplacement d’un adjudant-chef.

20 juin. Vers 8h, un colonel du génie italien et quelques hommes furent aperçus dans la baraque des gendarmes près du pont. L’alerte est donnée : « tout le monde à l’intérieur ».

À 8h20 un coup de mortier retentit et deux cents hommes en colonne par trois débouchent, appuyés par le feu de deux mitrailleuses. Vite ! un coup de téléphone au Cap-Martin pour faire tirer le 75 du bloc de barrage.

Et voilà, le fil est coupé.

Un FM tire et s’enraye. Le sergent Bourgoin utilise l’autre et tire quinze chargeurs. Les Italiens refluent, abandonnant morts et blessés.

À 9h, un petit drapeau blanc se montre : ils reviennent chercher les leurs. L’ouvrage laisse faire les brancardiers. Cap-Martin tire par intermittence autour de l’ouvrage pendant toute la journée.

Vers 22h, plus de TSF.

23h. Coup frappé à la porte. On risque un œil par le créneau. C’est l’éclaireur-motocycliste Samama et un sergent du 9e BM qui font la liaison par moto. Ils repartent à la barbe des Italiens déjà installés dans une baraque.

21 juin. À 8h, la radio remarche. En dépit de quelques escarmouches, on ouvre la porte blindée pour le nettoyage de la casemate et deux hommes vont en rampant jusqu’à la cuisine chercher de l’huile d’olive pour le graissage du frein du canon de 37.

22 juin. Gros bombardement. Quelques tentatives d’approche sont stoppées au FM et à la grenade. À 20h la radio cesse de fonctionner définitivement.

23 juin. À 10h50 une attaque se précise par derrière par le boulevard de Garavan. Les Italiens arrivent par les WC. La brume est opaque. Des coups de sifflet et des commandements retentissent. Par le « périscope » fait d’un miroir placé au bout d’un bâton, le chef de groupe observe. L’ennemi lance des grenades puis monte à l’escalade par les WC, par le mur de soutènement et par la douane. Il est à trois mètres de l’ouvrage.

Nos FM tirent sans arrêt et nos grenades jaillissent.  En vingt minutes tout est réglé ; le combat prend fin. Désormais les Italiens seront plus circonspects.

24 juin. Cette journée ne sera marquée que par un bombardement sévère de 210 mêlé aux éclatements de nos 75.

25 juin, jour de l’armistice. L’ouvrage complètement isolé tient toujours.

À 6h les Italiens essaient de lever la barrière du pont. Une rafale les disperse.

7h30. Cinq cyclistes viennent par la route côté France. Une nouvelle rafale les couche au sol.

8h15. Un officier et un homme, sans casque, apparaissent au bas Aquarone. L’officier s’avance vers le pont. On n’entend plus aucun bombardement. Il y a quelque chose d’insolite.

À 8h45, en effet, un immense drapeau blanc est brandi. Sept à huit officiers et deux cent cinquante hommes armés s’avancent. Le sous-lieutenant Gros décide de sortir seul et interpelle le chef, un colonel du génie. Celui-ci annonce la signature de l’armistice. Gros, perplexe, l’invite à se retirer et menace d’ouvrir le feu. Les Italiens finissent par céder. À ce moment deux officiers de liaison français arrivent.

L’ouvrage du Pont Saint-Louis est resté inviolé, et deux jours durant sa garnison montera la garde, interdisant tout transit aux Italiens déjà installés dans Menton. Avant de se retirer l’équipage emportera ses armes et fermera la porte de l’ouvrage au nez des adversaires en emportant la clé.

Les défenseurs du Pont-saint-Louis, le sous-lieutenant Charles Gros, le sergent Jean Bourgoin, le caporal Lucien Robert, les Alpins Gaston Cordier, Roger Chazarin, Marcel Guzzi, Nicolas Petrio, André Garon, Paul Lieutaud, furent cités à l’ordre de l’Armée.

 

 

Quand 9 soldats français résistèrent à 4000 soldats italiens...

Sincères remerciements à la municipalité de Menton et à l'amicale nationale du 22e BCA pour leur soutien!

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