Armée des alpes Juin 1940

Les forces en présence

Forces italiennes, françaises et allemandes.

Les forces italiennes

Le commandement du groupe d’armées Ouest est assuré depuis septembre 1939 par le général prince Umberto (1904-1983). Mussolini, en nommant à ce poste l’héritier du trône, a voulu impliquer pour ne pas dire « mouiller » la monarchie. Néanmoins, le prince, qui a commandé des unités de montagne, connaît bien la problématique posée par un conflit dans les Alpes. De surcroît, il a pour chef d’état-major le général de brigade Emilio Battisti (1889-1971), un fantassin spécialiste lui aussi du combat en montagne.

Ses forces comprennent deux armées : la 4e armée du général Alfredo Guzzoni (de la Suisse jusqu’au mont Viso), et la 1ère armée du général Pietro Pintor (de l’Ubaye jusqu’à la mer Méditerranée).
Ces deux armées, subdivisées en six corps d’armées, sont composées de dix-huit, puis de vingt-deux divisions à partir du 20 juin, soit 355 000 hommes.
Á l’arrière du front, dans la zone Asti-Acqui, se trouve la 7e armée aux ordres du général, duc de Pistoia, forte de 44 000 hommes. Cependant l’effectif des unités qui attaquent sur la frontière dépasse à peine les 200 000 hommes.

 

 

Les forces françaises

Les 14e et 15e corps d’armée qui défendent les Alpes engerbent à la fois des secteurs fortifiés ou défensifs, ainsi que des divisions d’infanterie et des brigades.
Quatre grandes unités de forteresse assurent dès le temps de paix la défense de la frontière.
Ce sont du Nord au Sud, le Secteur Défensif de Rhône (SDR), le Secteur Fortifié de Savoie (SFS), le Secteur Fortifié du Dauphiné (SFD), enfin dans la partie la plus méridionale, le Secteur Fortifié des Alpes-Maritimes (SFAM).

Les divisions d’infanterie sont de trois types.
Pour former le corps de bataille du Sud-Est, les deux divisions d’actives présentes dans les Alpes à la déclaration de la guerre – les 27e  et 29e divisions d’infanterie alpines (DIA) -, sont amalgamées avec trois divisions de type A (bien équipées en matériel, à base de réservistes jeunes) et forment les 27e, 28e, 29e, 30e et 31e DIA.
Ces cinq divisions comptent environ 30 % d’effectif supplémentaire par rapport aux divisions d’infanterie « classiques », et disposent chacune d’un effectif avoisinant 22 500 hommes.

En plus de ces DIA, quatre divisions d’infanterie de série B sont créées de toute pièce : les 63e, 64e, 65e et 66e divisions d’infanterie. Ces divisions, mal encadrées, mal équipées sont inaptes à faire campagne en septembre 1939. Heureusement, elles vont avoir la chance d’avoir à leur tête des généraux de grande valeur.

La 64e DI est constituée à Valence. Placée initialement face à la Suisse, elle est commandée par un officier exceptionnel, le général Cartier. Il passera à la postérité grâce à son action fin juin 1940, à la tête du groupement chargé de défendre Grenoble et Chambéry.
Son second est le colonel Mer, chef de l’infanterie divisionnaire et futur chef d’état-major de l’armée des Alpes.
La 65e division est commandée par le général Paquet, passé dans le cadre de réserve depuis novembre 1937.
Ancien commandant du Secteur Fortifié de Savoie puis adjoint de la 29è DIA à Nice, il connaît à fond la problématique de la guerre en montagne et en particulier le secteur des Alpes-Maritimes. Avant la guerre, c’est d’ailleurs son supérieur direct, le général Olry, qui a insisté pour qu’il prenne le commandement de la 65e DI en cas de mobilisation. La 65e DI s’est mobilisée dans les Bouches du Rhône, le Var, le Vaucluse et l’Hérault, elle aussi, avec mille difficultés.
La 66e DI est formée, à la mobilisation, à partir des dépôts situés dans le Languedoc-Roussillon et dans le Tarn.

Les 4 secteurs de forteresse préexistaient avant la guerre, même si leurs effectifs étaient réduits à seulement 30 % du personnel prévu en temps de guerre. Ils sont chargés de défendre un secteur géographique bien délimité.
Ils s’appuient principalement sur des fortifications et sont composés essentiellement de troupes statiques : bataillons alpins de forteresse (BAF) et régiments d’artillerie de position (RAP).
Ces derniers sont équipés de canons hétéroclites et en majorité anciens, voire très anciens, mais aussi très nombreux.

Au Nord du dispositif, le secteur défensif du Rhône, commandé par le général Michal, est mis sur pied en Haute-Savoie. C’est une grande unité d’un type un peu particulier correspondant à un demi-secteur fortifié fort de 5 000 hommes.
Sa mission est de défendre le secteur du Rhône au Sud du lac Léman afin de contrer une éventuelle attaque par la Suisse.
Plus au Sud, le Secteur Fortifié de Savoie, sous les ordres du général Lestien, qui est aussi le commandant en titre de la 28e DIA, comprend presque 30 000 hommes.
Le Secteur Fortifié du Dauphiné, fort de 16 000 hommes, défend le front central des Alpes. Il est composé des secteurs du Briançonnais, du Queyras et de l’Ubaye. Son chef est le général Cyvoct, gouverneur de Briançon depuis début 1938. Enfin, préposé à la défense de la partie sud des Alpes, le Secteur Fortifié des Alpes Maritimes, est commandé par le général Magnien. Lui aussi, exerce des responsabilités dans la région depuis plusieurs années.
Le SFAM, composé de 27 000 hommes, est chargé de défendre la zone estimée la plus dangereuse de la frontière franco-italienne.

 

les forces allemandes

Le XVIe corps d’armée allemand, commandé par le général Hoepner, a reçu la mission de se saisir de Grenoble et de Chambéry, de couper la retraite aux unités de l’armée des Alpes attaquées par les forces italiennes. Les unités allemandes avaient aussi pour mission d’occuper le nord de la Haute-Savoie pour éviter tout mouvement vers la Suisse. Le général Hoepner constitue trois groupements pour attaquer  les zones arrières de la ligne « Maginot Alpine » :

  • Le groupement A, constitué de la 13edivision d’infanterie motorisée renforcée, doit gagner la frontière suisse, occuper Annecy et Saint Pierre d’Albigny pour barrer les routes venant de Tarentaise et de Maurienne.
  • Le groupement B, constitué de la 3e division blindée, renforcée d’unités motorisées doit atteindre rapidement Grenoble pour barrer la vallée de l’Isère et celles du Drac et de la Romanche.
  • Le groupement C, constitué de la 4e division blindée, doit assurer la couverture des deux autres groupements en attaquant jusqu’à Montélimar.

Ces divisions blindées ont participé aux campagnes de Pologne et de Belgique, à la percée de la ligne Weygand dans la Somme ; la 13e division d’infanterie, quant à elle, a combattu en Belgique et en France. Les chefs allemands avaient surestimé les effectifs de l’armée des Alpes ; ils pensaient que cette armée comprenait 8 divisions et trois brigades de forteresse.